Article publié le 26/01/2026
RSE & climat : une journée pour arrêter de se raconter des histoires
On vient souvent aux conventions FNPR pour la qualité des échanges, l’énergie collective… et, soyons honnêtes, les bons moments partagés.
Mais cette année à Bordeaux, il y avait autre chose dans l’air : une volonté assumée de traiter la RSE sans posture, sans langue de bois, et surtout sans simplification excessive.
Pour parler responsabilité sociétale des entreprises, nous avons choisi un prisme exigeant : l’empreinte carbone.
Non pas comme un slogan, mais comme un révélateur.
Révélateur de nos contradictions individuelles, de nos arbitrages économiques, et des transformations profondes à l’œuvre dans nos métiers.
Commencer par l’individu, pas par la norme
La journée a démarré là où tout commence : l’humain.
Avec la projection du documentaire (IN)ACTION, co-réalisé par Célia Poncelin et Léo Primard.
Pas de morale.
Pas de “bons” et de “mauvais” élèves du climat.
Mais une famille ordinaire, traversée par les mêmes tensions que nous tous : envie d’agir, inertie du quotidien, peur de mal faire, sentiment d’impuissance.
Lors de l’échange avec le public, Léo Primard a mis des mots justes sur un malaise largement partagé :
ce n’est pas le manque d’informations qui freine l’action, mais nos émotions, nos habitudes et nos normes sociales.
Le calcul de l’empreinte carbone individuelle a ensuite joué son rôle de miroir. Les chiffres sont tombés, sans culpabilité mais sans échappatoire : l’écart entre nos modes de vie actuels et les trajectoires climatiques est bien réel.
Replacer le débat dans le réel… scientifique
Pour éviter que l’émotion ne prenne toute la place, la matinée s’est poursuivie avec un éclairage scientifique essentiel.
Tanguy Jonville, ingénieur au BRGM et spécialiste de la dynamique des climats, a rappelé que le climat est un système complexe, inscrit dans une histoire longue faite de cycles, de variabilité naturelle… mais que la trajectoire actuelle, par sa rapidité, porte une signature humaine indiscutable.
Rémy Asselot, ingénieur au BRGM, a apporté une dose bienvenue de pragmatisme :
limites des modèles des bilans carbone, incertitudes, priorisation des actions… et ce fameux Scope 3, indispensable sur le papier mais parfois vécu comme une épreuve de résistance opérationnelle pour les entreprises.
Un message clair a émergé :
agir, oui — mais agir avec discernement, en hiérarchisant ce qui a un impact réel, sans transformer la RSE en dogme contre-productif.
L’après-midi : la RSE face à l’épreuve du réel économique
L’après-midi a changé de focale.
Place aux entreprises, aux institutions, aux filières.
Et une tension est apparue très vite :
tout le monde affirme que la RSE est prioritaire… jusqu’au moment où le prix entre dans l’équation.
Quand la décarbonation implique des surcoûts de 15 à 20 %, le discours se heurte à la réalité du marché.
Dans le déménagement, l’industrie, l’objet publicitaire ou l’aménagement du territoire, les clients exigent des engagements forts… mais arbitrent encore majoritairement sur le coût.
Certaines entreprises ont pourtant choisi d’avancer sans attendre un cadre parfait.
FULL ACE a ainsi engagé une transformation profonde de son offre et de sa chaîne de valeur, avec un cap clair : éliminer progressivement les plastiques d’origine pétrolière et embarquer fournisseurs et clients dans la démarche.
Du côté des institutions (UIMM, APEC, agences de développement), un message a fait consensus :
la RSE est devenue une stratégie de robustesse.
Robustesse climatique, économique, sociale et humaine, dans un monde marqué par des crises successives et une instabilité durable.
Mobilité internationale : la RSE, dernière priorité… pour l’instant
La troisième table ronde a élargi le débat à la mobilité internationale, révélant un paradoxe intéressant.
Oui, les discours écologiques sont omniprésents.
Mais dans les faits, la RSE reste aujourd’hui la dernière priorité des décideurs en matière de mobilité internationale, derrière les coûts, la sécurité et l’efficacité opérationnelle.
Les volumes de mobilité internationale se stabilisent, les profils vieillissent, les trajectoires se complexifient. Les enjeux clés restent très concrets : emploi du conjoint, scolarité, sûreté, conditions de logement, temps de transport.
Pourtant, la RSE s’infiltre peu à peu dans les pratiques :
réduction des voyages de reconnaissance grâce au virtuel, limitation des déménagements au profit du meublé, réflexion sur les déplacements longue distance, attention portée à l’éthique des contrats et aux impacts locaux.
Un autre signal faible mais déterminant a été largement évoqué : l’arrivée des nouvelles générations sur le marché du travail, la fameuse Gen’Z.
Plus exigeantes, plus méfiantes face au greenwashing, plus sensibles à l’alignement entre discours et pratiques, elles feront de la RSE un critère structurant de la marque employeur.
Ce qu’on retient de Bordeaux
Pas de solution miracle.
Pas de posture idéologique.
Mais une conviction partagée :
la RSE n’est ni un supplément d’âme, ni une contrainte passagère.
C’est un chemin exigeant, fait d’arbitrages, parfois d’inconfort, mais aussi d’opportunités réelles pour celles et ceux qui acceptent de regarder le monde tel qu’il est en train de changer.
À Bordeaux, on n’a pas cherché à être parfait.
On a cherché à être lucide.
Et c’est sans doute là que commence l’action.
Merci à tous les intervenants qui ont rendu ces tables rondes passionnantes :
- Léo PRIMARD – Co-auteur du film (In)Action
- Tanguy JONVILLE – Ingénieur-chercheur au BRGM
- Rémy ASSELOT – Ingénieur-chercheur au BRGM
- Agnès NUSSE et Eric TUILIER – Equipe RSE au Groupe CCF
- François PERRIN – Président MEDEF Aquitaine
- Christophe THILL – APEC
- William BALLUE – Directeur Général de INVEST’IN BORDEAU
- Patrick LAPORTE – Président du Groupe FULL ACE
- Julien MORVAN – UIMM Gironde Landes
- Emmanuel BARTHOULOT – Directeur Commercial des GDD
- Delphine DOUROUX – Directrice du CINDEX
- Tracy STUART KAUTZMANN – Global Director, Client Relations IMPACT GROUP BASEL
- Albin PORQUEZ – Président Directeur Général de EXECUTIVE RELOCATION
